نحن نستورد ادوات المدنية ، لكن لا نتعامل معها بشكل حضاري
من عادة التاريخ أن لا يلتفت للأمم التي تغط في نومها وإنما يتركها لأحلامها التي تطربها حينا وتزعجها حينا آخر
ليست المشكلة أن نعلِّم المسلم عقيدة هو يملكها وإنما المهم أن نرد إلى هذه العقيدة فاعليتها، وقوتها الإيجابية، وتأثيرها الاجتماعي.


الباحث الجزائري الدكتور بدران بن لحسن لـ “الحوار“ :

النّقد في عالمنا الإسلامي عملة نادرة مالك بن ...

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SOCIOLOGIE DE l’INDEPENDANCE

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C’est la discipline morale de ceux qui, après la lutte armée, reprennent la charrue ou le marteau, la plume ou le bistouri, la balance ou un autre outil. C’est la constance des générations qui poursuivent leur effort dans une certaine direction, c’est tout ce labeur qui crée la forme d’état organiquement la plus adaptée à la nature et aux buts de ce la¬beur.

Malek Bennabi

Les élites musulmanes sont aujourd’hui au banc d’essai de l’Histoire, devant faire face à une multitude de problèmes qui mettent à l’épreuve leurs dons pour la conception et leurs aptitudes à l’exécution.
Et de là s’ouvre, pour une sociologie musulmane de l’indépendance, un champ d’investigations qui ne doit
Pas intéresser seulement le «chercheur » mais aussi le «praticien ».
Car la science qui ne se fait pas action, est un luxe qui n’a pas encore sa place en des pays où les moyens et les cadres sont réduits.
Toutes les préoccupations doivent être en ce moment en terre d’Islam, centrées sur la notion d’efficacité.
Et principalement sur le plan de la gestion et de ses moyens organiques : l’Administration et l’Etat.
Une guerre de libération dans un pays colonisé débouche politiquement sur la souveraineté nationale, et socialement sur une situation où les multiples problèmes de l’ordre nouveau et ceux légués par l’ordre colonial s’additionnent.                                    
L’ordre nouveau s’instaure essentiellement sous les auspices d’un Etat qui n’est pas que simple affirmation de souveraineté inscrite dans les premières lignes d’une constitution mais aussi organe nécessaire au dé-veloppement de cette souveraineté dans toutes ses dimensions : politi¬que, économique, culturelle...
L’affirmation est acquise d’emblée au prix du sang de ceux qui ont mené le combat de libération.  
Mais l’organe moteur de la souveraineté nationale exige encore davantage.
C’est la sueur des vivants dans leur action concertée qui prolonge les exigences du combat libérateur à l’édification sociale.
C’est la discipline morale de ceux qui, après la lutte armée, reprennent la charrue ou le marteau, la plume ou le bistouri, la balance ou un autre outil. C’est la constance des générations qui poursuivent leur effort dans une certaine direction, c’est tout ce labeur qui crée la forme d’état organiquement la plus adaptée à la nature et aux buts de ce la¬beur.  
L’Etat est créé par l’œuvre même qu’il accomplit :il est cause qui subit ses propres effets.
Et c’est dans ce sens - quand on identifie Etat et Nation ou plus exacte¬ment Oumma - c’est dans ce sens qu’il faut entendre cette parole du Prophète : "Ce ne sont que vos actes qui font retour sur vous (par leurs effets) : Tels vous serez, vous serez gouvernés". C’est une thèse qui va, comme on le voit, très loin dans ses conséquences politico-sociales.
On peut la résumer par un précepte qui peut être à la base de l’éduca¬tion civique : pour améliorer l’Etat, il faut s’améliorer soi-même.
Le problème d’une telle éducation concerne particulièrement un Etat jeune qui possède certes à sa naissance le privilège de la jeunesse mais qui en a aussi les défauts.
Les poètes feront sans doute l’apologie de cette radieuse jeunesse en évoquant, comme Aragon, des "lendemains qui chantent".
Un esprit moins optimiste ou plus objectif comme Lénine s’inquiétera surtout des "maladies infantiles" pour aboutir, par pente même de son inquiétude, à la question "Que faire"?
Une sociologie de l’indépendance doit adopter cette attitude à l’égard des anomalies et poser souvent la même question.      
Elle doit être un instrument de travail entre les mains de l’Etat, faisant partie de son appareil planificateur.
Dans certains pays, on a mis au point cet outil sous le nom d’autocriti¬que. Et l’on sait tous les services que celle-ci a rendu dans la régulation de la marche et dans l’organisation économique de ces pays.
Dans notre pays, il faudrait nous débarrasser d’abord d’un complexe obturateur qui nous a fait déjà pas mal de tort en d’autres circonstan¬ces:  je veux parler de l’espèce de veto qui est opposé chaque fois qu’une critique est formulée, sous prétexte que la critique peut être profitable, par exemple au colonialisme
Ce complexe mériterait toute une exégèse - qu’on ne fera pas ici - pour montrer comment ou son fidèle successeur, le néo-colonialisme aliment discrètement et par des voies tortueuses, une lit¬térature d’obnubilation de l’esprit critique qui est capable de fausser même l’histoire de la terminologie sociologique en imputant, par exemple, le terme "colonisabilité" à des "Orientalistes occidentaux". Disons seulement que le néo-colonialisme n’aime pas trop qu’on évoque "la colonisabilité".                                  
Bref, le veto devient le meilleur procédé d’obturation de l’esprit.
Dans ce domaine, mes souvenirs remontent assez loin. Je me rappelle exactement comment : en Juin ou Juillet 1946, les quelques sugges¬tions que je formulais sur l’organisation du Parti Nationaliste à son re-présentant dans cette banlieue parisienne où nous nous réunissions pour examiner la situation après la guerre, je me rappelle que chacune de mes critiques fut repoussée par ce responsable, non par des
arguments, mais par une simple fin de non recevoir.
Et je dois ajouter que ce ne fut pas la seule fois où j’ai rencontré cet écueil paralysant qui, maintenant avec le recul de l’expérience d’une génération, ne me parait pas avoir porté préjudice au colonialisme mais plutôt à la cause nationale.
Il devient évident qu’il nous faut lever ce veto.
En Algérie, l’auto-critique doit être poussée plus loin que dans les pays où elle a pris naissance comme un appendice de l’organisation politique.
Notre Université devrait en prendre la charge, en instituant et animant des études sociologiques spécialement consacrées aux anomalies.
Cette sociologie pathologique rendra, j’en suis persuadé, infiniment plus de services au pays qu’aucune littérature apologétique.
On doit même dire qu’elle a, avant la lettre, déjà rendu service sous cette forme spontanée et empirique que l’Algérie a connue entre les années vingt et trente.
Les Algériens de ma génération savent que ce sont ces années là qui ont vaincu l’immense inertie léguée par les siècles postalmohadiens.
Ce fut, en fait, le moment où le peuple algérien se retrouvait où il eut la révélation de ses qualités, mais aussi de ses faiblesses si savamment entretenues et exploitées par le colonialisme.
Si des rechutes ont été encore possibles, c’est que l’empirisme ne don¬ne pas de résultat définitif.        
En tout cas, la nécessité d’un nouvel examen de conscience se fait sentir aujourd’hui.
Le travail de planification et d’édification qui a cours dans les pays d’Afrique, en ce moment, rend nécessaire une parfaite connaissance de l’appareil d’exécution qui est aux mains des jeunes Etats qui ont vu le jour au cours de la dernière décennie.
Il ne suffit pas de connaître en quoi il est parfait, mais surtout en quoi il est perfectible,                                    
C’est dans cette conjoncture qu’une sociologie pathologique devient nécessaire, pour éclairer les écueils sur lesquels peut buter l’exécution.
Elle doit recenser le fait anormal et remonter à sa genèse,
Dans Un souci de méthode, on restreint l’investigation à un pays : l’Algérie. Le lecteur saura faire lui-même l’interpolation ou l’extrapolation nécessaire quand il s’agit d’un autre pays d’Afrique ou d’Asie.
Dans un pays qui émerge de l’ère coloniale et accède à ta souveraineté nationale, les problèmes sont à peu près les mêmes.    
Mais si on adopte le classement des problèmes par ordre d’urgence, il serait souhaitable qu’on se consacre d’abord à l’étude de ceux de l’in¬dépendance, c’est-à-dire des anomalies qui rendent plus ou moins dif¬ficile la fonction de l’Etat.                    
On n’a pas fait un recensement de ces anomalies et il n’est pas question de le faire ici. Mais il en est une qui nous semble particulièrement per¬nicieuse parce qu’elle s’identifie à un complexe qui peut répercuter ses fâcheuses conséquences sur l’avenir même du pays s’il n’est pas réduit d’ici là.
Cette anomalie qui met déjà en cause la valeur démocratique de l’ins¬titution (quand on regarde les choses au point de vue de l’administré), c’est le défaut de synchronisation entre les divers rouages.
Parfois, le défaut se remarque dans les opérations simples qui s’accom¬plissent au sein d’une même administration, grâce à l’action concertée de ses divers services.
Et parfois, dans les opérations complexes, celles qui s’accomplissent grâce à l’action concertée de diverses administrations.  
Dans un cas comme dans l’autre, l’anomalie peut être illustrée par l’image grossière d’un moteur monocylindrique dans lequel certains organes travaillent au temps de la détente, par exemple.
En mécanique, on comprend aisément la déperdition d’énergie et le mauvais rendement qui caractérisent un tel défaut de synchronisation qui est susceptible de mettre en péril le moteur même.      
Et l’on sait ce qu’il faut faire pour régler sa marche, parce qu’on connaît exactement les causes du défaut.
En pathologie sociale aussi ; il ne s’agit pas de citer ici le défaut le plus grave, mais simplement un défaut qui se prête à l’illustration.
Le défaut de synchronisation qu’on signale ici, se manifeste de la ma¬nière la plus simple. Par exemple, dans l’opération simple, un service doit constituer un dossier et attend une pièce qui est en souffrance dans un autre service de la même administration.                  
Une telle sociologie doit être systématique, c’est-à-dire statistique et explicative.    
Un autre cas : une administration réclame d’une autre un concours qui conditionne une opération complexe et l’opération est freinée parce que le concours tarde à venir ou ne vient pas.              
La genèse de cette asynchronie, peut, dans les deux cas, faire l’objet d’investigation dans plusieurs directions.
On, entend la faire, ici, dans la direction psychologique.
On prend pour justification dans cette prise de position le fait que dans leur fonction les services et les administrations ne sont pas des entités inertes mais des entités vivantes, leurs rapports étant assujettis à la psychologie des fonctionnaires et des employés qui accomplissent leurs opérations.
Si une mairie ne délivre pas à temps un acte de naissance demandé par exemple par une Académie, et si en fin de compte l’opération qui doit s’accomplir grâce à leur action concertée ne s’accomplit pas, cela ne veut pas dire, bien entendu, que les rapports des deux administrations soient mauvais dans leur essence institutionnelle, mais seulement que ces rapports deviennent mauvais quand ils sont assumés par des hom-mes qui les assument mal.                            
Le problème se pose du côté psychologique plutôt que du côté institu¬tionnel : c’est un problème de structures mentales.
L’asynchronie que nous signalons est de toute façon l’aspect pathologi¬que de rapports viciés entre les hommes assumant la fonction d’autori¬té à divers degrés.
Pour assumer une telle fonction, à n’importe quel degré de la hiérar¬chie administrative, il faut accepter toutes ses servitudes, à l’égard des supérieurs comme à l’égard des subordonnés.
La servitude, à n’importe quel degré qu’on la conçoive, implique le re¬noncement à une part de sa liberté, de son "indépendance".
C’est au prix de cette limitation des indépendances individuelles qu’un pays assure son indépendance.
Mais cette limitation n’est admissible que si elle est, aux yeux de celui qui la consent, fondée sur un principe moral. Cette validation morale de la servitude a lieu quand la servitude se fond dans la notion de service, de devoir.
Le problème des rapports d’autorité dépend, verticalement et hori¬zontalement-  à l’égard des supérieurs, des subalternes et des collègues - de cette validation de la servitude assumée comme une obligation traduisant sur le plan d’une action concertée l’exigence de la conscience professionnelle.
Le problème des rapports (qui règle l’efficacité de toutes les Opéra¬tions administratives et finalement, celle de la fonction de l’Etat), se profile au plus loin qu’on puisse le porter sur le plan où la conscience professionnelle est simplement la conscience, où le rapport d’autorité est le rapport social dans sa plus simple expression.
La société dont le réseau des liaisons sociales a été au cours du temps troublé par quelque cause pathologique que ce soit, pose fatalement un problème des rapports d’autorité dès qu’elle se transforme en entité politique.
Toute société dont le réseau des liaisons sociales a subi les atteintes du temps, subit inévitablement les méfaits de l’individualisme, et ses rap¬ports d’autorité sont viciés parce que la servitude que ces rapports im¬posent, verticalement et horizontalement, ne trouve pas sa validation comme servitude et comme devoir.                              
Une société renaissante doit, par conséquent, réparer les dégâts de son réseau de liaisons sociales pour vaincre les difficultés des rapports d’autorité viciés.
En Algérie, après les siècles post-almohadiens et le siècle de colonisa¬tion  qui ont émietté la société algérienne, nous sommes confrontés à ce problème, qui conditionne l’exercice de la souveraineté, c’est-à-dire l’essence politique de notre indépendance.
Dans cette phase transitoire on peut dire que toute velléité individua¬liste se comptabilise en fin de compte au détriment de la souveraineté nationale.    
On doit dire aussi, à l’honneur de la femme algérienne, que dans la me¬sure où elle s’intègre à l’esprit de l’Etat - comme fonctionnaire - elle réalise d’emblée la condition psychologique de son fonctionnement parce qu’elle semble s’adapter plus aisément à ses servitudes.
A cela, il faudrait ajouter que même du point de vue strictement tech¬nique, sa compétence (dans bien des cas qu’on peut observer autour de soi) n’a rien à envier à celle de l’homme.
Le problème de la conscience professionnelle ne se pose pas chez elle parce qu’elle paraît échapper aux aléas de l’individualisme. Mais d’une façon générale, l’individu doit surmonter ces aléas, résorber en lui la psychose d’indépendance infantile.
C’est cela le problème dont la situation - quand on la conçoit dans sa profondeur - dépend des conditions psycho-temporelles d’une civilisa¬tion, c’est-à-dire d’un conditionnement qui ne peut être réalisé par une culture simplement professionnelle, mais par une culture fondamenta¬le qui transforme tout notre être.
Mais même réduit à sa simple dimension administrative, comme on le réduit ici, le problème ne réclame pas moins une sérieuse prise de conscience à l’égard de l’antinomie qui existe parfois dans notre appareil entre l’indépendance du pays et les indépendances des individus.
C’est une antinomie qu’il faut résorber pour donner à la fonction de l’Etat toute son efficacité et toute sa signification démocratique.
Mais même dans cette simple dimension administrative, ces quelques considérations sont loin d’épuiser les problèmes qui se posent, que doit poser une sociologie de l’indépendance.
Les responsabilités dans le secteur administratif et leur efficacité dans leur domaine propre, ne sont qu’une traduction particulière de notre psychologie du travail et de sa productivité.
Pour que ce secteur soit productif, il faut que la psychologie adminis¬trative soit celle d’une administration de production et de travailleurs, non une administration d’entretien et de ronds de cuir.



Révolution Africaine du 26 septembre 1964.